On pourrait aussi s'indigner.
Il y a la pauvreté, la méchanceté, l'indifférence. Il y a être du bon ou du mauvais côté de la planète. Être blanc ici c'est être partout le bienvenu, c'est voir des sourires dans la rue, c'est des êtres qui tendent la main vers toi comme une évidence, c'est ne pas pouvoir passer la nuit dans un train en general class parce que toute la classe moyenne aisée du train s'en offusquerait, c'est l'évidence du bien être, c'est l'admiration, c'est pouvoir rentrer dans tous les hôtels de luxe de la ville fringué comme n'importe quoi, être le bienvenu partout, des cartes de visite tendues partout, c'est être dirigé directement vers les toilettes VIP, c'est la curiosité, l'avidité vers toi, c'est représenté tout un monde désirable, désiré et honni.
Quand on compare à ce que c'est que d'être black, basané ou tout simplement étranger en France...
Est-ce que le monde s'inverse ? Mes amis français ne se voient pas retourner en France, affronter le chômage, la galère, la vie trop chère, les places difficiles, alors qu'ici tout est possible, tout est simple, accessible. La vie est tout simplement possible comme ça, facile. Dans un monde à construire, un monde en train de se construire, en ébulition, effervescence, et pas ce monde déjà fini, occident sans place pour les jeunes, occident fini. Occident à l'heure de gloire déjà consummée, tu brilles le plus parce que tu es en train de mourir. Occident, ce monde qui stagne, où les gens n'ont plus rien d'autre à faire qu'aller voir des psys. Comme un jeu de gestion, ces jeux en réseau où on attend la nouvelle version parce qu'il n'y a plus de case disponible pour construire sa maison, et que seuls les joueurs qui sont là depuis le début peuvent un peu s'amuser. La nouvelle version est du mauvais côté de la planète, du côté où les gens ont les poumons tous noirs des pots d'échappement. En occident, la sensation de fin du monde, et tous ces questionnements sur l'écologie, développement durable : la peur de cette fin du monde, l'idée de l'épuisement des ressources, le monde a une fin parcequ'il est plein à craquer, plus de place.
Ici ça n'existe pas, déjà il faut survivre mais surtout le monde est dans son plein commencement, de l'énergie, de la nouveauté à tout va, tout est possible, tout va à 1000 à l'heure. On ne peut pas craindre la fin du monde. La poubelle c'est la rue, c'est le lac. C'est parfois à pleurer, à les regarder tout balançer par la fenêtre, mais quoi qu'est ce que tu veux que je fasse d'une bouteille vide ? Au centre de mon immense ville étouffante, un lac. Un lac empeste. Dans les tristes parcs qui l'abordent, des pancartes indiquent que stationner trop longtemps au bord du lac est dangereux pour la santé. Un monde fantastique aux points d'eau radioactifs.
Qu'est ce qu'il va se passer ? Revenir ici dans 30 ans et voir ? Voir la France dans 30 ans ? Dans 50 ans ? Dans 100 ans ?
Est-ce qu'on va à la catastrophe ? Est-ce que tout va bien dans le meilleur des mondes ? Est-ce que tout n'est pas simplement à sa juste place et les choses changent, évoluent ? Est-ce qu'on progresse ? Est-ce qu'on reste simplement toujours au même niveau d'énergie, de force et de beauté ? Les choses pourraient être pire mais elles pourraient être mieux.
Je me sens tellement lasse, impuissante et sans espoir. Sachant qu'il y a moi à m'occuper et que la vie n'a absolument aucun sens à part la poésie.
