15 novembre 2011

On pourrait aussi s'indigner.

Il y a la pauvreté, la méchanceté, l'indifférence. Il y a être du bon ou du mauvais côté de la planète. Être blanc ici c'est être partout le bienvenu, c'est voir des sourires dans la rue, c'est des êtres qui tendent la main vers toi comme une évidence, c'est ne pas pouvoir passer la nuit dans un train en general class parce que toute la classe moyenne aisée du train s'en offusquerait, c'est l'évidence du bien être, c'est l'admiration, c'est pouvoir rentrer dans tous les hôtels de luxe de la ville fringué comme n'importe quoi, être le bienvenu partout, des cartes de visite tendues partout, c'est être dirigé directement vers les toilettes VIP, c'est la curiosité, l'avidité vers toi, c'est représenté tout un monde désirable, désiré et honni.

Quand on compare à ce que c'est que d'être black, basané ou tout simplement étranger en France...

Est-ce que le monde s'inverse ? Mes amis français ne se voient pas retourner en France, affronter le chômage, la galère, la vie trop chère, les places difficiles, alors qu'ici tout est possible, tout est simple, accessible. La vie est tout simplement possible comme ça, facile. Dans un monde à construire, un monde en train de se construire, en ébulition, effervescence, et pas ce monde déjà fini, occident sans place pour les jeunes, occident fini. Occident à l'heure de gloire déjà consummée, tu brilles le plus parce que tu es en train de mourir. Occident, ce monde qui stagne, où les gens n'ont plus rien d'autre à faire qu'aller voir des psys. Comme un jeu de gestion, ces jeux en réseau où on attend la nouvelle version parce qu'il n'y a plus de case disponible pour construire sa maison, et que seuls les joueurs qui sont là depuis le début peuvent un peu s'amuser. La nouvelle version est du mauvais côté de la planète, du côté où les gens ont les poumons tous noirs des pots d'échappement. En occident, la sensation de fin du monde, et tous ces questionnements sur l'écologie, développement durable : la peur de cette fin du monde, l'idée de l'épuisement des ressources, le monde a une fin parcequ'il est plein à craquer, plus de place.

Ici ça n'existe pas, déjà il faut survivre mais surtout le monde est dans son plein commencement, de l'énergie, de la nouveauté à tout va, tout est possible, tout va à 1000 à l'heure. On ne peut pas craindre la fin du monde. La poubelle c'est la rue, c'est le lac. C'est parfois à pleurer, à les regarder tout balançer par la fenêtre, mais quoi qu'est ce que tu veux que je fasse d'une bouteille vide ? Au centre de mon immense ville étouffante, un lac. Un lac empeste. Dans les tristes parcs qui l'abordent, des pancartes indiquent que stationner trop longtemps au bord du lac est dangereux pour la santé. Un monde fantastique aux points d'eau radioactifs.

Qu'est ce qu'il va se passer ? Revenir ici dans 30 ans et voir ? Voir la France dans 30 ans ? Dans 50 ans ? Dans 100 ans ?

 Est-ce qu'on va à la catastrophe ? Est-ce que tout va bien dans le meilleur des mondes ? Est-ce que tout n'est pas simplement à sa juste place et les choses changent, évoluent ? Est-ce qu'on progresse ? Est-ce qu'on reste simplement toujours au même niveau d'énergie, de force et de beauté ? Les choses pourraient être pire mais elles pourraient être mieux.

Je me sens tellement lasse, impuissante et sans espoir. Sachant qu'il y a moi à m'occuper et que la vie n'a absolument aucun sens à part la poésie.

Posté par Diotie à 18:48 - Commentaires [0]


Trembler à la porte d'un train en route devant un paysage de nuit. Il n'y a rien à voir, derrière la nuit il y a peut être un pays qui s'appelle l'Inde. Des gens qui dorment ou qui meurent ou qui naissent comme partout.

Se dire qu'on va dormir là et que c'est plutôt beau, on pourrait s'endormir et tomber dans le vide. Parfois il y a du vide, le train est peut-être sur un pont. Tu t'accroches à la barre de fer de la porte grande ouverte, l'air est bizarre, l'air est plein d'air. Parfois un poteau se jette sur toi mais toujours assez loin. Tu fumes une petite cigarette au petit filtre achetée à 3 roupies juste avant le départ, en penchant la tête pour ne pas être vu de l'intérieur.

Il y a trop de vies dans cette vie, trop de mondes dans ce monde. Trop d'images et cette réalité trop surréel qui déborde. Pourquoi c'est si beau de prendre un train. Il faut du mouvement, que les êtres se mêlent. C'est bête à dire. On reste dans son pays à parler sa langue, ça parait si facile et si évident. On pense souvent au monde, on se dit qu'il y a déjà tellement de choses à voir ici, on regarde par la fenêtre, on regarde les informations, on voit que le monde va mal, que les pays sont comme des gros bonhommes plein de rancoeur ou de fausses alliances. Tout ce bordel, tous ces êtres, on veut décrypter alors on code, on code.

Parfois on va dans un autre pays, on voit qu'il y a des gens qui ne pensent pas du tout pareil que nous, des gens qu'on ne comprend pas du tout. On ne sait même pas dire leur âge en regardant leur visage, on ne retient pas leurs prénoms aux sonorités étranges, ils n'ont pas une langue mais 10 langues, on n'en parle pas une seule. Mais on rigole avec eux comme avec n'importe qui, et même plus qu'avec ceux de notre patrie. On ne peut pas les juger, ils ne peuvent pas nous juger, ils veulent savoir à quoi ressemble le monde d'où l'on vient, on ne sait pas dire, on dit que leur pays est incroyable et on ne sait rien dire d'autre. On parle de ce qu'on mange, on échange des mots et des formules. On n'est jamais seul. On parle des couleurs, on parle des prénoms, on parle de nos familles.

Dans le pays des gens qui meurent de faim, je fais ma petite crise de boulimie quotidienne. Dans la rue pour ne pas être vue de mes colocs. Dans la rue, l'homme qui a faim me regarde dévorer mon dégoût et tend la main. Il y a tellement de choses belles à détruire, j'ai beaucoup de travail dans ce monde, il faut toujours que je détruise. Construire une belle relation avec un garçon qu'on aime et la détruire minutieusement au bout de quelques mois d'application. Je disais que je ne crois ni au bien ni au mal. Mais c'est peut-être l'adage des êtres qui sont du côté du mal. Peut-être que je suis juste là pour détruire. Du côté du diable. Quand il y a quelque chose de beau, à défaut de s'en emparer, le détruire. Je crois à moitié à ce que je dis. C'est la haine qui me prend.

Décentre toi. J'ai compris pourquoi j'avais choisi ce pays un jour. Bien sûr il y a toutes nos petites raisons arbitraires derrière nos grandes décisions de vie. Mais s'il faut dire qu'il y avait une grande raison, c'était se décentrer. Je vais dans un pays tellement autre que je serais forcée de me décentrer. De sortir de moi-même, de ne plus penser à moi sans cesse. Mais ici comme ailleurs j'oscille entre sublimes moments d'ouverture, de curiosité, de lumière de sourire vers la rue et moments de solitude extrême, de repli et de destruction sociale.

Je veux guérir.

 

Posté par Diotie à 17:30 - Commentaires [0]
  1