C'est le pays de la surréalité, des éléments du réel qui cafouillent, des détails absurdes qui s'insinuent, fissurent la réalité. Des hommes aux lampadaires en équilibre sur le crâne se baladent dans le quartier, on en croise 3 à midi, S. en a revu un dans l'aprem et ce soir c'était 5 d'entre eux au bord de la main road. Un homme court les bras en l'air au bord du trafic. Au milieu d'une route de folie, un homme allongé se fait contourner, parfois agite un bras, jusqu'au prochain bus. Les bus sont sans coeur. Des enfants nus t'attrapent au corps quand tu t'apprêtes à risquer ta vie en traversant la route. Une chèvre morte pendue à un arbre par la patte arrière en plein milieu de la campagne déserte. Une femme en sari fait caca au bord de la route. Tu peux danser sur de la musique trans au milieu des punks à Goa mais toujours un enfant au regard liberté peux tirer ta manche et te dire qu'il a faim, qu'il soit minuit, 2 heures du matin ou n'importe quoi, que tu ais pris des acides ou fumer de l'opium, il n'y a pas d'heure pour la faim.
On regarde les hommes lampadaires en riant et eux qu'est ce qu'ils trouvent le plus étrange dans ce paysage fissuré, c'est nous. Ils nous regardent avec ce même rire de perplexité, la noire et la blanche de west marredpally.
Ici, prends toi dans la face toute l'étrangeté de ce monde, en images contradictoires, en surgissements et en tabous dévoilés.
C'est le monde des cocktails à 50 euros dans les hôtels de luxe et des samosas à 3 roupies.
Au milieu des klaxons et des lumières des phares, on marche, pas de trottoir et des bus partout, n'en pouvant plus des fumées noires étouffantes et de la peur de mourir, je me fous mon sac en papier sur la tête et marche en autiste. Sarah rigole :"les gens te regardent moins quand tu as ton sac sur la tête que quand tu l'as pas"
Alors c'est moi l'étrange ici? étrangère, étrangeté, monde étrange.
La question de l'identité ce n'est pas la question de l'identité.
change ton ciel
Les moments qui ont déjà leur emprunte de mélancolie, les moments qui te touchent, qui te font quelque chose, qui te restent au creux du ventre. Et tu sais, un an après, 10 ans après, 100 après, il y a encore en toi l'âme de ce moment là très précis. Ce sont des moments de soleil froid, il faut un léger vent peut-être, un ciel très lumineux, très bleu et quelque chose de froid dans l'air et surtout quelqu'un, un aimé, un frisson. Ces moments là sont des frissons, des frissons qui te cimentent en même temps qu'ils te fissurent. Ce sont des moments de janvier février mars, quand au mileu des hivers perce l'espoir d'un printemps, non pas le printemps, mais la certitude à la fois timide et dure d'un printemps futur. Quoi? Que reste-t-il?
Cette année là, avec G. dans le jardin de mes parents, dans le jardin de mon enfance, les fleurs blanches de l'amendier, doucement secouées, G. dans la belle lumière qui nous pousse à rester dehors, et des feuilles quadrillées pleines de mots à apprendre, que l'on se fait réciter.
Cette année là, avec papa et ma petite soeur, à la terrasse d'un café devant la mer à manger une glace dans le froid, bien enfoncés dans nos écharpes, et cette même lumière.
Cette promenade le long de la digue.
Ce jour de décembre, de première neige, la chaleur de la chambre de B., les volets qu'on ouvre au matin sur un paysage blanc, la surprise et l'excitation, sortir après la neige dans une lumière brumeuse, paysage sous papier calque.
Les nuits chez F., l'an dernier, l'odeur de mon parfum trop fleuri, trop entêtant, la grande couette, la lumière orangée de l'appart parce qu'il l'a règle très bien, la couette si confortable et le lit cocon perché. Et les matins où il faut se jeter dans le froid de la rue, les rues pavées d'aix et cette lumière venteuse, cette lumière de ciel balayé par le vent. Le vent et la lumière sur ton visage.
Ce café, doucement bu devant la bu de la fac, sous cette même lumière, ce café un peu amer du désespoir contre F.
Ici, la lumière est totalement autre, le ciel est totalement autre. Je ne sais pas encore décrire, quand je serai loin, dans le temps et dans le monde, peut-être aurais je les mots? Pour dire le ciel indien, pour dire le ciel d'Asie. L'agitation trop matinale des matins, le soleil qui se couche tôt, le vent moite et la lumière du ciel, quelle couleur ton ciel? Foncé, très foncé. Bruyant, toujours.
J'ai hâte des souvenirs du présent. Pour savoir comment c'était.
et quand il croit serrer son bonheur il le broie
On pourrait dire que la vie est belle, je ne comprends pas mon angoisse constante, angoisse des détails, angoisse, angoisse.Que je reporte sur mon corps, sur chaque détail de mon corps, comme si mon angoisse ce n'était plus que mon corps.
Un bilan des dernières semaines : 2 voyages, 2 baisers à des garçons déjà volatilisés, lsd sous feu d'artifice pour 2012, danse durant 10 heures d'affilée, amour pour F. transcendé et sublimé par son absence, confession de boulimie à S. et elle aussi.
Il ya 2 jours, F. me faisait de belles déclarations tourmentées de désir et d'amour sur fb, et là parce que j'y ai répondu par les mêmes extrêmités, léger recul de sa part, peut-être imaginé par moi, peut-être à la limite du perceptible. Pourtant il me tire des larmes, être au plus haut, être rassurée au plus haut, puis quand le doute perce quand même, c'est les larmes et l'angoisse et les envies de détruire ce corps.
Je sais que je suis folle, je monte au plus haut pour descendre au plus bas. Je dois vivre par moi-même, me suffir à moi-même, mais ici c'est impossible parce que l'environnement n'est pas perméable, c'est génial et fou de se balader dans la rue, de faire le moindre truc c'est extraordinaire mais on avance dans des abîmes de solitude en étant si étranger au monde qui nous entoure.
