01 février 2012

Comment tu grandis?

Pour la première fois, je me vois comme un capital vieillesse. Etale la crème là où commence à plisser la peau. La peau est sans pitié. Au coin des yeux, se creusent mes sourires, mes fous rires en centaines de minuscules fissures.

Tout se fissure.

C'est ce pays. Qui me fait gémir au milieu de l'air noir de la circulation : "mon espérance de vie..."

Ce n'est pas seulement que les gens meurent plus ici, c'est surtout qu'ils ne meurent pas dans leur lit. Au chauffeur de rickshaw de 70 ans de faire une attaque au volant, en attendant l'étudiant qu'il vient chercher tous les jours à l'Alliance. À l'homme mort sur un trottoir que personne ne vient chercher. À l'enfant nu emporté par un bus.

Tout ça fait vieillir.

Comment fonctionner encore au moteur estime de soi ? Ici, tous mes moteurs d'estime de soi sont renvoyés à leur futilité. Choisir avec soin sa tenue, s'obliger à des restrictions caloriques, être la plus spirituelle possible en soirée, parvenir à des conversations élevées, plaire à tout le monde, réussir ses études, se cultiver, vouloir du visible, jeter son énergie à corps et âme dans la surface. Être du côté des winners. Ici, les gens ne sont pas exigents avec toi, les indiens parce que tu ne seras jamais un des leurs et que ton attrait est assuré par ta blancheur de peau, les expats parce qu'ils n'ont de toutes façons pas grand chose à se mettre sous la dent.

Alors il faudrait fonctionner au facteur humain. Et la question serait de parvenir à être une bonne personne. De parvenir au maximum de partage et de don de soi. Blablablabla. On serait plus heureux avec cette exigence là, une exigence qui vient de l'intérieur, pas de l'exterieur.

 

 

Posté par Diotie à 12:08 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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